Lorsqu’une personne s’installe aux Pays-Bas, elle entame un parcours d’intégration axé sur l’apprentissage de la langue, l’orientation civique et la participation à la vie sociale. Le nombre d’heures de participation exigées dépend du parcours défini par la municipalité. Pour certain·es, il s’agit d’un programme relativement court d’environ 300 heures ; pour d’autres — notamment dans le cadre du Z-route (Zelfraadzaamheidsroute) — le trajet est bien plus intensif, avec un minimum de 800 heures obligatoires.
NewBees accompagne ces personnes dans la recherche de lieux où elles peuvent pratiquer, participer et évoluer. De son côté, le Zaantheater — salle de spectacles régionale et lieu de rencontre culturel dans la région de Zaan — se conçoit comme une maison ouverte à toutes et tous. La collaboration entre les deux organisations s’est donc imposée comme une évidence. Depuis début 2025, des personnes nouvellement arrivées prennent part à la vie du théâtre en tant que bénévoles, accompagnées par des volontaires expérimenté·es qui jouent le rôle de parrains et marraines.
Ce qui n’était au départ qu’une idée simple est devenu un projet à la fois chaleureux et profondément porteur de sens — bénéfique non seulement pour les participant·es, mais aussi pour le théâtre lui-même et pour son public. Cet article retrace la genèse de cette initiative à travers des entretiens avec Shari Isselt, chargée de médiation avec les publics au Zaantheater, et Manal Janbeh, coordinatrice chez NewBees.
Du premier contact à la collaboration
Shari est la première chargée de médiation avec les publics du Zaantheater. Sa mission consiste à rester à l’écoute des besoins des différentes communautés de la région de Zaan et à les impliquer activement dans la vie du théâtre. Ce poste a été créé de manière volontaire, affirmant l’engagement durable de l’institution en faveur de l’inclusion et de son ancrage local.
Lors d’une première visite de présentation chez NewBees, l’idée d’une collaboration a rapidement émergé. Shatha Tamim, de NewBees, expliquait alors combien il est difficile pour les personnes nouvellement arrivées de trouver des lieux adaptés pour effectuer leurs heures de participation. « Toutes les opportunités sont bonnes à prendre », expliquait-elle. « Même des tâches de nettoyage — pouvoir simplement dire bonjour à ses collègues fait déjà une différence. »
Shari perçoit immédiatement le potentiel d’une proposition plus interactive, favorisant de véritables échanges. « Quand on apprend le néerlandais, on a surtout envie d’être entouré·e de personnes avec qui pratiquer », explique-t-elle. Elle propose alors à la direction d’intégrer des personnes nouvellement arrivées à l’équipe de bénévoles, comme agents d’accueil, toujours en binôme avec un·e bénévole expérimenté·e. L’idée est acceptée sans hésitation.
Construire un programme de parrainage
Avec sa collègue Yara van Gijn, Shari identifie des bénévoles prêts à endosser le rôle de parrain ou marraine. En parallèle, NewBees sélectionne des participant·es curieux·ses du monde du théâtre et disposé·es à entrer en contact avec le public — même sans maîtriser encore le néerlandais ou l’anglais. « C’était intimidant pour beaucoup d’entre eux », explique Manal. « Aller vers les visiteurs sans parler la langue demande énormément de courage. »
Lors d’une première rencontre collective, les deux groupes font connaissance. Shari et Yara composent ensuite les binômes avec soin, avant que les nouveaux bénévoles ne rejoignent directement le fonctionnement habituel du théâtre. Ils assurent les mêmes missions que les autres : accueillir le public, scanner les billets, ouvrir les portes et guider les spectateurs vers leurs places.
Les parrains et marraines reçoivent des consignes claires. Lors de l’accueil, ils sont encouragé·es à laisser la place à leur binôme NewBee et à l’inviter à prendre la parole. La question de la sécurité est également abordée de manière explicite. Le public du théâtre est divers, et Shari tient à ce que chacun·e se sente soutenu·e à tout moment. Dans les faits, aucune situation négative n’a été observée — bien au contraire.
Parfois, de simples ajustements font toute la différence. Un·e bénévole racontait s’être volontairement mis·e en retrait afin que les visiteurs s’adressent directement à la personne nouvellement arrivée, plutôt qu’à elle. Une forme d’accompagnement discrète, mais particulièrement efficace.

Un théâtre qui communique au-delà des mots
Nombre de participant·es craignaient au départ que la langue constitue un obstacle majeur. En pratique, cette inquiétude s’est rapidement dissipée. Pour Manal, les mots comptent parfois moins qu’on ne le pense. « On commence à utiliser les mains, le corps, les expressions du visage — et ça fonctionne », explique-t-elle.
Les visiteurs du Zaantheater se sont montrés particulièrement ouverts et patients. De courtes conversations se sont nouées naturellement, la curiosité était réciproque, et les personnes nouvellement arrivées se sont senties reconnues — même sans longs échanges verbaux. Cette expérience leur a donné confiance : il n’est pas nécessaire de tout faire parfaitement pour trouver sa place.
Lors de l’évaluation du projet, une bénévole racontait comment cette expérience avait transformé son regard sur l’actualité internationale. Après avoir lu dans le journal que la Syrie redevenait sûre, elle savait désormais que la réalité était bien plus complexe — car, à travers sa marraine, elle avait mieux compris ce que vivent encore de nombreuses familles.
De petits pas, un impact durable
Pour beaucoup de participant·es, le projet a surtout créé un sentiment fort de reconnaissance. « En participant à notre fonctionnement quotidien — en étant là, au même titre que les autres — ils se sentent considérés comme des personnes à part entière », explique Shari. Cette reconnaissance a un impact direct sur la confiance en soi et sur l’apprentissage de la langue.
Ali en est un exemple marquant. Lorsqu’elle l’a rencontré pour la première fois l’année précédente, il était très réservé. Quelques mois plus tard, il expliquait avec assurance — en phrases complètes — qu’il souhaitait s’investir davantage, y compris en soirée, tant cette expérience lui plaisait. Il confiait aussi avoir autrefois rêvé de devenir acteur, un rêve irréalisable en Syrie. Au théâtre, il a le sentiment de s’en être rapproché.
La dignité du travail joue également un rôle essentiel. Au Zaantheater, les bénévoles sont invité·es à s’habiller en noir — non pas avec un uniforme, mais avec leurs propres vêtements. Manal observe que ce détail compte beaucoup. « Maintenant, je suis vraiment au travail », disait l’un d’eux. Cela illustre la force d’un bénévolat valorisant, qui dépasse largement la seule question de l’apprentissage linguistique.
Dans certains cas, le projet a naturellement dépassé le cadre du théâtre. Sans y être incités, parrains et filleuls se sont retrouvés autour d’un café, ont partagé des histoires personnelles, voire organisé une sortie en bateau ensemble. Ce qui avait commencé comme un projet est devenu, pour certain·es, une véritable amitié.
Conclusions
La collaboration entre le Zaantheater et NewBees montre combien une institution culturelle peut avoir un impact fort lorsqu’elle s’engage sincèrement dans la relation humaine. En offrant aux personnes nouvellement arrivées une place visible au cœur de son fonctionnement, le théâtre a permis des rencontres spontanées — parfois à travers quelques mots, parfois par un simple sourire — mais toujours suffisantes pour faire naître un sentiment d’appartenance.
Dès le départ, le Zaantheater a fait le choix de ne pas considérer ce programme de parrainage comme une initiative isolée, mais de l’intégrer pleinement à son organisation de bénévolat. Les participant·es ont également pris part aux moments d’évaluation collective, renforçant encore ce sentiment d’inclusion. Cette approche a joué un rôle déterminant dans le développement de leur confiance et de leur autonomie.
Par ailleurs, le projet a favorisé un véritable échange culturel. À travers leurs parrains et les spectacles auxquels ils ont assisté, les nouveaux arrivants ont découvert la culture néerlandaise, tandis que les bénévoles ont, eux aussi, élargi leur regard en découvrant d’autres réalités.
Ce qui n’était au départ qu’une idée modeste a finalement eu un impact considérable. Avec une organisation simple et l’engagement de quelques personnes, le Zaantheater a rapproché individus, équipes et publics. Il démontre que créer du lien ne nécessite pas de grands dispositifs — mais de l’attention, de la confiance et de l’ouverture.
Conseils pour les structures culturelles qui souhaitent se lancer
L’expérience du Zaantheater et de NewBees montre qu’un projet de ce type ne nécessite ni dispositifs lourds ni moyens exceptionnels. Quelques choix clairs et un engagement sincère suffisent souvent à créer un cadre porteur. Voici quelques enseignements tirés de leur pratique.
- Commencer modestement
Un ou deux binômes suffisent pour démarrer. Tester à petite échelle permet d’apprendre, d’ajuster et de créer de la confiance, sans pression inutile.
- S’entourer d’un partenaire expérimenté
Travailler avec une organisation comme NewBees apporte un cadre sécurisant : sélection des participant·es, accompagnement, suivi et médiation en cas de besoin.
- Clarifier les attentes dès le départ
Des consignes simples et partagées — sur les rôles, les tâches et la sécurité — rassurent aussi bien les bénévoles que les nouveaux arrivants.
- Désigner un point de contact identifiable
Une personne accessible, présente et digne de confiance facilite la communication et permet d’anticiper les éventuelles difficultés.
- Privilégier une communication directe et humaine
Des messages courts, des rappels informels ou un échange sur WhatsApp se révèlent souvent plus efficaces que des réunions formelles.
- Assurer une présence dans la durée
Un accompagnement continu, même discret, est plus précieux que des moments d’évaluation ponctuels.
- Confier de vraies responsabilités
Donner accès à des tâches visibles et utiles renforce l’engagement, la confiance en soi et le sentiment d’appartenance.
- Soigner l’accueil
Un sourire, un mot, une attention simple peuvent faire toute la différence. Ce sont souvent ces gestes qui rendent l’expérience réellement inclusive.
En savoir plus
Vous souhaitez en savoir davantage sur l’accompagnement proposé par NewBees et sur les projets qu’ils développent avec des personnes nouvellement arrivées aux Pays-Bas ?
Toutes les informations sont disponibles sur leur site : https://new-bees.org/




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