Les nouveaux artistes arrivent rarement sur scène déjà parfaitement formés, prêts à jouer sur les plus grandes scènes. La plupart se développent d’abord dans des studios et des salles de répétition, où ils ont le temps d’expérimenter et d’affiner leur son. Ils avancent aussi grâce à des échanges avec des professionnels expérimentés, qui leur offrent un regard critique, ou lors d’open mics où ils se produisent devant un petit public.
C’est précisément dans ce type de contexte que Het Depot, salle de concert à Louvain et l’une des premières organisations à avoir travaillé avec ticketmatic, fait la différence grâce à Depot Academy. Plus encore que programmer des artistes confirmés et remplir la salle, leur motivation première est d’accompagner l’émergence de nouveaux talents.
Mike Naert, cofondateur et directeur de Het Depot, explique comment cet accompagnement prend forme au sein de l’organisation. Il revient sur la manière dont leur approche est structurée, sur les défis auxquels ils sont confrontés et sur les raisons pour lesquelles continuer à investir dans les artistes émergents n’est pas une activité secondaire, mais bien au cœur de leur mission.
Trouver l’équilibre entre budget et ambition artistique
Pour comprendre comment fonctionne Depot Academy, il faut d’abord comprendre le rôle de Mike et la place qu’il occupe dans le quotidien de Het Depot. Sa fonction est difficile à résumer en un seul titre : il est à la fois cofondateur, directeur, programmateur et bien plus encore. La programmation reste au cœur de son travail, mais elle va bien au-delà de la simple construction d’un calendrier artistique. « La programmation a évidemment une dimension artistique, mais elle comporte aussi un aspect budgétaire très important », explique Mike. « Nous devons par exemple programmer suffisamment d’événements plus commerciaux, car ce sont eux qui permettent de financer le reste de nos activités. » La programmation est donc toujours un exercice d’équilibre. Les concerts plus populaires rendent possible l’investissement dans d’autres initiatives, comme Cool, leur festival dédié à la soul, au funk et au jazz, mais aussi dans l’accompagnement de jeunes artistes. Or ce type d’initiatives demande souvent beaucoup d’énergie sans générer de véritable retour financier.
Mike est également un fervent défenseur du développement artistique au-delà des murs de Het Depot. Depuis des décennies, il est une figure importante de la scène pop et rock belge. Il collabore étroitement avec d’autres salles et organisations comme VI.BE, suit de près les dossiers politiques liés au secteur culturel et participe activement aux discussions sur l’organisation et le soutien du secteur pop-rock. Son engagement repose sur une longue expérience de terrain et sur un attachement profond aux artistes, aux salles et à l’écosystème culturel dans lequel ils évoluent.

Le développement des talents comme mission centrale
À Het Depot, le développement des artistes n’est pas un programme isolé, séparé du reste des activités. « Nous avons toujours choisi de donner autant d’importance à notre mission de diffusion qu’à notre mission d’accompagnement », explique Mike. « Et pour cela, nous sommes simplement au bon endroit. »
Cette vision repose sur l’idée que le talent a besoin de temps et d’un environnement favorable pour se développer. « L’une de mes phrases, devenue presque un cliché, est la suivante : le talent ne naît pas sur la scène de Rock Werchter. Il a besoin d’un lieu comme Het Depot pour faire ses premiers pas. » Depot Academy n’est donc pas un programme strictement défini. Il s’agit plutôt d’un cadre dans lequel les artistes peuvent entrer, prendre le temps de se développer et évoluer à leur propre rythme, selon leurs besoins.
Les artistes arrivent souvent à Het Depot par le biais d’open mics comme Rauw ou de concours comme Soundtrack. Ceux qui se distinguent peuvent ensuite poursuivre leur parcours en tant qu’artistes en résidence. Ces résidents bénéficient à la fois d’infrastructures — studios et salles de répétition — et d’un accompagnement, allant des retours artistiques à l’aide pour créer des connexions professionnelles. Pour certains artistes, l’accès aux infrastructures suffit déjà à franchir une nouvelle étape. Pour d’autres, l’accompagnement porte davantage sur la structuration de leur projet artistique. « Avec Kaat Van Stralen, par exemple, nous l’avons accompagnée dans la recherche d’une équipe », raconte Mike. « Nous avons passé près d’un an à chercher le bon booker et le bon manager. Aujourd’hui, elle les a trouvés. Et maintenant… elle avance. » Pour les jeunes artistes, la difficulté principale reste souvent de se faire remarquer par les programmateurs. « Nous recevons des milliers de mails de demandes de concerts », explique Mike. « Il nous est impossible de répondre à tout le monde. Mais lorsqu’un message provient d’un artiste que nous avons déjà repéré, par exemple lors de Soundtrack, nous y prêtons évidemment beaucoup plus d’attention. »
L’accompagnement au sein de l’Academy repose sur une petite équipe artistique au sein de Het Depot. Mike suit lui-même les différents parcours, aux côtés de deux collègues, Marthe et Simon, qui se consacrent au développement des talents et à la programmation. Ensemble, ils servent de point de référence pour les artistes : ils donnent des retours, mettent les artistes en contact avec des personnes pertinentes et les aident à s’orienter lorsque c’est nécessaire — de manière informelle, mais avec un véritable engagement dans la durée.
La réalité derrière l’ambition
Accompagner les artistes demande du temps, de l’espace et de l’attention. Mais cela se heurte aussi à des limites financières structurelles. « Enregistrer de la musique coûte toujours de l’argent », explique Mike. « Les bons musiciens, les bons producteurs, les bons auteurs-compositeurs : tout cela représente des heures de travail qui, bien souvent, ne sont pas rémunérées. » La même réalité s’applique à l’artwork, à la promotion ou encore aux répétitions. « Dans la musique classique, personne ne répète gratuitement. Personne. Dans la pop et le rock, presque tout le monde le fait. »
Le manque de moyens influence directement la manière dont le développement artistique peut se concrétiser aujourd’hui. « Nous ne pouvons pas offrir de soutien financier », explique Mike. « Ce que nous pouvons proposer, ce sont des infrastructures et des conseils. » Pour les artistes qui ne disposent pas de ressources personnelles — ou dont les proches ne peuvent pas les soutenir financièrement — le développement artistique s’accompagne souvent d’une certaine précarité. Selon Mike, cette situation reflète un déséquilibre structurel dans la manière dont les différents genres musicaux sont soutenus. Ce déséquilibre influence directement ce qui devient possible : le temps que les artistes peuvent consacrer à leur travail, les risques qu’ils peuvent prendre et la durée nécessaire pour qu’un parcours artistique porte ses fruits.
« L’un de mes rêves serait de pouvoir flécher une partie de notre budget directement vers les artistes, afin qu’ils puissent se développer sans stress financier. » Cette question dépasse largement une seule organisation et touche à la manière dont le développement des talents est structuré en Flandre.
Pourquoi ce travail reste essentiel
L’impact de programmes comme Depot Academy ne devient souvent visible qu’avec le temps. Les artistes qui jouent aujourd’hui sur les grandes scènes ont eux aussi commencé dans des contextes modestes, alors qu’ils étaient encore en train de chercher leur voie. Mike cite notamment Selah Sue, Ão et Portland — des artistes qui considèrent toujours Het Depot comme une sorte de maison, bien après leurs débuts. « Ces artistes restent très attachés à cet endroit », explique-t-il. « Et aux personnes qui les ont accompagnés ici. » Pour Mike, la motivation ne réside pas dans les chiffres ou les statistiques. Elle se trouve dans le contact direct avec les artistes et dans la création d’opportunités pour celles et ceux qui en ont besoin pour avancer. « Les soirées que je préfère sont celles où il y a peut-être soixante ou soixante-dix personnes dans la salle », dit-il. « Parce que c’est peut-être là que se trouve le grand talent de demain. »
Depot Academy montre comment les organisations culturelles — même avec des moyens limités — peuvent jouer un rôle déterminant pour des artistes qui auraient autrement du mal à se développer. Parfois, cela signifie réfléchir avec eux, les mettre en relation avec les bonnes personnes. Parfois, simplement leur offrir du temps et de l’espace. Pas parce que c’est rentable, mais parce que c’est essentiel — pour les artistes, pour les organisations culturelles et pour l’écosystème musical dans son ensemble.






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